Renaud, j'ai pas dit mon dernier mot
Sam Bernett
beau livre (cartonné). Paru en 10/2006
Avec son look de loulou et son phrasé verlan, le chanteur à la «chetron sauvage» a marqué toute une génération dans les années quatre-vingts. Personne n'a oublié les mythiques Laisse béton, Ma gonzesse, Mistral gagnant, Marche à l'ombre ou son interprétation émouvante de Lantier dans Germinal de Claude Berri. Pourtant, à force de tout donner, Renaud, à la gouaille et au verbe hauts, s'est peu à peu perdu dans les méandres de l'alcool. Et pendant quatre ans, ce sera l'éclipsé totale. Le tout Paris le tenant pour mort, au moins artistiquement, ira jusqu'à lui décerner une Victoire de la musique «quasi posthume» en 2003. Un électrochoc pour lui : terminées les journées anisées à La Closerie des Lilas, finie la guerre schizophrène entre Dr Renaud et Mister Renard, son alter ego aux idées noires. Son seizième album sera un exutoire. Boucan d'Enfer, vendu à plus de 2 millions d'exemplaires, lui rendra l'amour du public, chassant du même coup ses vieux démons.
Cet album témoigne des trente ans de carrière de ce fascinant poulbot, entre gloire, doutes, remises en question et descente aux enfers, jusqu'à sa renaissance magistrale... Le nouveau Renaud, à la fois tendre et piquant, a gommé l'argot de son vocabulaire pour des textes plus profonds. Moins politisé, mais toujours poète engagé, Renaud réserve encore quelques coups de griffes. Le chanteur insolent, qui vient d'être papa pour la seconde fois, n'a jamais été aussi émouvant que depuis qu'il a fait la paix avec lui-même.
Sam Bernett a tissé, au fil de ses années radiophoniques (RTL, Europe 1, RFM), des liens d'amitié privilégiés avec nombre d'artistes de cette belle époque de «Salut les copains» (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell...) et des seventies (Renaud, Coluche...). Depuis plus de trente ans, tous lui sont fidèles et lui accordent une confiance quasi-aveugle. Alors, Sam, l'ami, mais aussi le journaliste, se délecte de leurs récits, de leurs anecdotes, de leurs souvenirs, pour nous offrir de merveilleux portraits truffés de confidences inédites.
Extrait du livre :
«Ecoutez ça, les aminches,
les escarpes et les marlous,
c'est l'histoire d'un drôle de grinche,
tronche d'amour, gueule de voyou»
Paris, dimanche 11 mai 1952, dans une maternité du 14e, Solange Séchan met au monde des jumeaux. David sort le premier, suivi quelques minutes plus tard par Renaud Pierre Manuel. «J'ai poussé mon frère pour qu'il sorte le premier, je ne voulais pas sortir, le jour me faisait peur, j'avais pas envie d'affronter cette vie-là, je voulais rester bien au chaud encore un peu, j'ai attendu dix minutes et je suis sorti pour voir comment c'était.» Solange et Olivier sont déjà les parents de deux filles, Christine et Nelly, et d'un garçon, Thierry. Lorsque, quelques années plus tard, une petite Sophie viendra au monde, Solange Séchan sera décorée par le maire pour service «baby-boom» rendu à la nation.
Toute la famille habite dans un bel immeuble en brique rose qu'on appelle «la grande maison rose», au 6, avenue Paul-Appel, près de la cité universitaire, proche du parc Montsouris et de la porte d'Orléans dans le 14e. C'est là qu'il va vivre, selon ses propres termes, «une enfance douce comme le miel», au croisement heureux de deux univers. En effet, Solange Mériaux, sa maman, vient d'une famille d'ouvriers catholiques du Nord de la France. Renaud garde un souvenir ému de cette famille, notamment de son grand-père maternel. «C'était un vieux militant stalinien, il s'appelait Oscar, et j'ai fait une chanson pour lui.» Grâce à lui, il apprend le langage populaire et développe ce formidable regard sur la société qui nous entoure. A contrario, Olivier Séchan, son père, est issu d'un milieu d'intellectuels protestants. C'est un romancier, «un écrivain fabuleux» aime à rappeler Renaud. Son premier roman, Les Eaux mortes, est publié en 1938 chez Albin Michel. Professeur de lycée et traducteur, il enseigne l'allemand pour nourrir sa tribu. Le petit Renaud ne le sait pas encore, mais il a de qui tenir, non seulement son père est écrivain, mais son arrière-grand-tante, Louisa Siefert, est reconnue comme une grande poétesse. Quant à Louis Séchan, le grand-père paternel, il était professeur à la Sorbonne et a écrit de nombreux ouvrages sur la civilisation hellénique. Il a consacré dix ans de sa vie à la révision du Bailly, un dictionnaire de grec ancien. Dans la famille Séchan, il y a aussi Edmond. L'oncle Edmond est chef opérateur, réalisateur et directeur photo. Il a travaillé avec de Broca, Mocky, Becker, Pinoteau, Verneuil, Lamorisse. Grâce à lui, Renaud va faire ses débuts au cinéma à l'âge de trois ans. Il tient un petit rôle de figurant dans Le Ballon rouge, d'Albert Lamorisse. Renaud n'est donc pas le petit poulbot sorti de nulle part qui a débuté en chantant aux terrasses des cafés. Certes, il l'a fait et considère encore que ce fut un excellent apprentissage de son futur métier, de la société et de la vie en général. Mais il est le fils d'une grande famille d'intellectuels et d'artistes. Il est l'héritier d'une longue tradition familiale de contestataires et de défenseurs des valeurs de gauche.
Bien que son enfance se déroule sans incident, Renaud a du mal à supporter sa gémellité
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Dernière mise à jour de cette page le 04/11/2006